Adama AYIKOUE: « L’image de l’ogre dans Capital et Charité d’Euphrasie Calmont »

L’image de l’ogre dans Capital et charité d’Euphrasie CALMONT[1]

 

« Y a-t-il un sens à ce que quelqu’un s’épuise le regard à débroussailler les arabesques de l’esprit humain, à diagnostiquer le heurt des évènements les uns contre les autres, ahurissant carambolage de faits pouvant conduire aux plus merveilleux accomplissements comme aux … (Lire la suite)

Capital et Charité à l’Ecole Supérieure de Management

Capital et Charité de Euphrasie Calmont dans causerie sur l’emploi à l’Ecole Supérieure de Management

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Capital et Charité: Rencontre et causerie littéraire à l’Ecole Supérieure de Management

Rencontre et causerie littéraire à ESM Bénin

Capital et Charité dans Rencontre et causerie littéraire à l’Ecole Supérieure de Management

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Capital et Charité, critique littéraire par Adama AYIKOUE

Capital et Charité d’Euphrasie Calmont, critique littéraire par Adama AYIKOUE dans InterFaxPress

Capital et Charité, critique littéraire par Adama AYIKOUE

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Les Auteurs de Martinique et le Salon International du Livre du Bénin, de l’Afrique et de sa Diaspora

Salon International du Livre du Bénin, de l’Afrique et de sa Diaspora.

Le Bénin, l’Afrique et sa Diaspora debout!
C’est à Cotonou que cela se passe du 26 au 28 Septembre 2019.
Le Consul du Bénin aux Antilles Françaises reçoit ici les Auteurs de Martinique qui y vont.

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Salon International du Livre du Bénin, de l’Afrique et de sa Diaspora

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C’est à Cotonou du 26 au 28 Septembre 2019.

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Adama AYIKOUE: « L’image de l’ogre dans Capital et Charité d’Euphrasie Calmont »

L’image de l’ogre dans Capital et charité d’Euphrasie CALMONT[1]

 

« Y a-t-il un sens à ce que quelqu’un s’épuise le regard à débroussailler les arabesques de l’esprit humain, à diagnostiquer le heurt des évènements les uns contre les autres, ahurissant carambolage de faits pouvant conduire aux plus merveilleux accomplissements comme aux pires catastrophes ? »[2] C’est par cette interrogation dans le numéro 96 du magazine Madame d’Air France qu’Isabelle POTEL se demande les raisons du bien-fondé de la réflexion que mène un critique littéraire. Une fois qu’une œuvre est éditée, elle tombe dans le domaine public avec une appropriation collective. Ainsi tout lecteur peut ouvrir la porte de l’œuvre avec les clés dont il dispose. Dans ce cas de figure, il s’agira d’analyser ici le roman Capital et charité de la Martiniquaise d’origine béninoise Euphrasie CALMONT sous l’angle du monde du travail en entreprise aujourd’hui par le truchement de l’image de l’appétit vorace d’un ogre qui ne laisse aucune place aux sentiments, telle une pieuvre avec des tentacules. Un travail (en entreprise par exemple) digne de ce nom devrait normalement répondre à trois critères dans l’ordre : l’épanouissement, la valorisation, et la rémunération qui vient en dernière position. En tête de liste arrive le bien-être qui est « un équilibre entre un corps en bonne santé, des sens en éveil, un esprit serein et un environnement accueillant. »[3] Mais la réalité du rouleau compresseur du travail change la donne liée à l’ordre des critères au point où le capital vient en première position chassant la charité : « Souvent (…) la société manque de charité, cette propension à aller vers l’autre avec bienveillance. » (P. 18) Les travailleurs « en avaient la tête grosse, grosse de mille choses et pourtant vide de toute humanité, puisque vide de tout sens de charité, cette propension à aller vers l’autre. » (P.34) C’est dire que «si le capital ne croise pas la charité, tout projet de croire en l’homme sera vain. » (P. 138)

 

  1. Une absence de vie de couple et de famille

Albert CAMUS se pose la question : « Qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? »[4] Cet accord n’existe véritablement pas entre les composantes de la hiérarchie de l’entreprise Glory SA et leurs épouses et enfants respectifs, qu’ils soient chef de service ou directeur commercial. Le couple Martin – Nina avait commencé par battre de l’aile jusqu’à un point de non-retour : « Martin se souvint de ce matin où Nina, sa femme, lui annonça son départ du foyer, lui reprochant ses heures indues au travail, son acharnement à gagner sa vie au détriment de sa famille. Tout cela lui était reproché à tout bout de champ. » (P. 85) En face, « Martin, lui, pensait travailler pour sa dignité, pour être utile à la société, travailler pour sa famille. Il avait tout expliqué à Nina, son épouse. Il était persuadé qu’elle avait tout compris, épousé ses idées, ses convictions, sa conception du travail. Il est vrai, de temps en temps, revenait cette idée de vouloir, d’insister que Martin rentre plus tôt du travail. Mais comment le pouvait-il ? Il est toujours pris à son propre jeu du travail bien fait. Martin est un perfectionniste. » (P. 85)

Mathieu, le chef de marque de l’entreprise de son côté a maille à partir avec ses deux enfants : « Cet après-midi, Papa était là avec eux. Théo et Léa ne savaient pas trop pourquoi Papa était revenu plus tôt du travail ; mais cela était bien, ils en étaient heureux et jouissaient de ce bonheur. » (P. 15) Le Chef de la maison à cette occasion était devenu l’étranger pour sa propre fille : « Maman sait où trouver les choses (…) Maman est toujours là ; elle connait tout dans la maison. (…) Je veux dire que tu ne sais pas où trouver… (…)  Pas vrai, Papa, que tu ne sais pas où trouver … à la cuisine ? Toi, au travail, tu connais tout. Mais à la maison, tu ne connais rien. » (P. 17) Mathieu, un des chefs de l’entreprise Glory SA n’en revenait pas : « C’est tout son monde qui s’évanouissait. Il croyait éduquer ses enfants à s’adapter au monde du moment, à s’adapter au temps qu’il ne pouvait pas leur octroyer pour le moment, et il croyait aussi les préparer au monde futur. Hélas ! Pour le moment, il croit au bien matériel qu’il leur assure déjà et assurera pour leurs études et autres besoins futurs, par conséquent, les enfants l’accepteraient tel qu’il est. » (P. 21) Malgré tout, une introspection s’impose : « La cause première, c’est certainement moi, trop pris que je reste par mon travail, je n’ai donné à mes enfants toute l’attention qu’ils méritaient. Je suis leur miroir et voici le reflet qui me revient aujourd’hui. (…) Suis-je passé à côté des choses les plus essentielles de ma vie ? » (P. 21-22) Il s’agissait d’un sentiment de vacuité et c’était aussi le cas de tous ses collègues, de Martin le grand directeur commercial, de Claude le directeur général, des actionnaires dans les différents métiers du groupe Glory SA qui courent toujours derrière le capital.

 

  1. Accumuler du gain en tuant son corps

Le détournement de l’argent de l’entreprise est devenu un acte banal : « La haute direction avait décelé dans la comptabilité qu’il y avait des manquements. Christian, le chef comptable, n’a pu expliquer autrement que par les dossiers en sa possession. Et c’était insuffisant pour la compréhension des montants dans les écritures comptables en ce qui concerne ce qu’on dit en avoir fait. (…) On commençait à penser et à affirmer par-ci, par-là que Martin amassait l’argent de la société à son propre compte. » (P. 84)

La possession du luxe reste et demeure le leitmotiv de Mathieu : « Léa parlait de leur planète. Avec Marie, il avait pris un soin particulier à la disposition des meubles. Chaque chose était à la bonne place : la télévision à écran LCD géant, le buffet, les pots de fleurs, l’ensemble des luminaires avec ce plafonnier à six branches argentées et dorées projetant des boules de cristal pareilles à de la glace se décollant d’un iceberg, cette lampe halogène, le grand caoutchouc touffu, bien vert et géant, blotti contre le mur blanc du côté opposé à la télévision. » (P. 19)

Selon l’habitude de cette société de consommation, « On achète de belles choses, on les consomme. On achète, on consomme, on jette. On achète encore, on consomme encore, on jette encore. Et c’est une chaîne sans fin. Mais à quel moment pense-t-on à la nature ainsi saturée ? Puis, pendant qu’on jette, d’autres manquent du strict minimum. » (P. 47)

Leur cupidité est même fatale : « Michel leva les yeux, imagina tous ces gens qui ont confondu le bonheur avec l’accumulation des faveurs, des avantages et des biens. Ils vont y laisser leur peau, mais ne le savent pas. La vie est dans la sobriété et non pas dans le matériel amoncelé, profit à outrance, ils l’oublient, s’inquiéta-t-il. » (P. 31)

Se tuer à la tâche pour amasser du capital demande une véritable disponibilité : « C’était le DRH. Pourquoi m’appelle-t-il à cette heure-ci et de surcroît par mon téléphone personnel ? Il se souvient qu’il avait été dit, lors de son embauche, que le personnel de l’encadrement devait être joignable à tout moment. Il avait jugé que voici une arnaque de plus de la part des dirigeants, cette histoire d’être joignable à tout moment, comme si l’entreprise était une histoire de vie ou de mort. Ils savaient combien, souvent, le personnel lui-même ne se laissait-il pas prendre à ce jeu-là, se trouvant si utile et les plus vantards n’allaient-ils pas jusqu’à penser qu’ils pourraient être indispensables. » (P. 22-23)

A force d’accumuler le gain en se tuant à la tâche, le corps ne répond plus. A trop tirer sur le corps, il peut se briser, à l’exemple de ces hyperactifs qui, tout d’un coup craquent et sombrent dans la dépression ce qui les oblige enfin à se reposer ! Les Anglo-Saxons parlent à cet égard de « burn-out » : se consumer de l’intérieur… Tout corps possède une certaine résistance au stress et à la maladie, mais mieux vaut ne pas tester ses limites. Le stress serait la maladie du siècle. Plus généralement, le stress serait la plus grande cause actuelle de maladies : le trouble psychologique entraine un trouble physiologique. Ce mode de vie inadapté, Martin en a été victime en faisant une crise grave dans son bureau : « Aussitôt avec énergie, il poussa la porte du coquet bureau de Martin. Le voici sur son bureau, le corps amorphe. (…) Mathieu l’appela. L’autre ne répondit point. (…) Martin ne bougeait pas. » (P. 76-77). Et pourtant, absolument rien ne présageait ce malaise : « Christelle était l’assistante de Martin depuis trois ans ; trois ans seulement, mais cela était bien suffisant pour le connaitre : deviner quand il avait des signes de fatigue, quand il était surmené, quand il trainait des tracas sans solution immédiate… il allait bien, il y avait une trentaine de minutes, quand ils avaient travaillé sur le dossier du relevé de prix du marché. » (P. 77) Les conséquences du stress peuvent prendre des formes variées. S’il convient alors de soigner les symptômes, le gros du travail devra évidemment se faire en aval, au niveau du cerveau et des causes du stress. Comme le dit Liliane REUTER, spécialiste de la médecine corps-esprit, « Pour guérir du corps, il faut guérir sa vie. »[5]

 

  1. Panier de crabes et peaux de bananes

L’absence chronique de charité dans la folle course vers la cupide accumulation du capital transforme l’entreprise en un enfer pendant que le poète anglais John MILTON reconnaît : « L’esprit est son propre lieu et en lui-même peut faire de l’Enfer un Ciel et du Ciel un enfer. »[6]

Chose paradoxale : « Chaque individu pris à part était souvent un être formidable (…). Mais ce n’était pas l’individu qui primait, c’était le système. Qui ne s’adapte pas au système devait être vampirisé, cannibalisé, phagocyté ou broyé. » (P. 114)

D’une manière générale, « ils faisaient plus de bruit, plus de mal que de bien, criant à cor et à cri qu’ils contribuaient à la réalisation d’autrui, le faisant travailler avec son potentiel pour mieux le faire grandir. Pendant ce temps, on maintenait autrui au plus bas niveau. » (P. 34) C’est ainsi que Michel, « travailleur acharné, consciencieux et constant, courageux » (P. 35) de l’entreprise a été victime d’une cabale et « il fut confié à Mathieu le licenciement de Michel » (P. 27) : « Mathieu, ambitieux et brillant, chef de marque, venait de recevoir des consignes du directeur des ressources humaines d’arriver à faire licencier Michel, le plus âgé des commerciaux de l’entreprise ou encore mieux, de le pousser à la démission (…) L’autre argumentait, entre autres parades, c’était pour le bien de l’entreprise, disait-il, pour le maintien d’un certain nombre d’emplois compte tenu du salaire élevé de Michel, élevé à cause de son ancienneté et sa performance qui lui donnaient toujours droit à toutes les tranches de primes dans la grille normale déterminée (…) Cependant, la tâche était délicate pour Mathieu. Michel lui avait fait profiter de toute son expérience, l’avait beaucoup aidé au début de sa carrière dans cette même entreprise. Ce manteau de bourreau lui pesa sur les épaules. Pourquoi l’endossait-il ? Pourquoi ? Voilà ! Au bout de ce forfait, Mathieu avait deux gains qui le tentaient. D’abord, il y avait cette enveloppe qui lui était promise. Son épouse ne travaillait pas. Il avait deux enfants en bas âge dont les besoins grandissaient en même temps qu’eux-mêmes. Ensuite, le DRH lui garantit la place de Martin, le directeur commercial quand celui-ci partira. » (P. 27-28)

La probité morale de Michel constitue une mauvaise conscience pour toute l’entreprise : « J’en arrive à dire qu’avoir conscience de l’existence de Dieu, rien que cet état de fait, est une grâce. Le capital ne mène à rien si la bienveillance ne le rejoint pas en chemin (…) Le capital ne mène à rien si l’humain ne manifeste pas sa vraie mission, la bonne foi, la générosité, la tolérance, la compassion, l’humilité, la gratitude, la bienveillance. » (P. 31) C’est ainsi qu’« ils sont tous braves autour de moi, dans l’entreprise, et aussi mes connaissances dans la société globale. Pourtant ces braves gens n’aiment pas que l’on suive un autre chemin qu’eux. La morale en moi ne me permet pas toujours de les suivre » (P. 33)

La « folie de laisser traiter les gens n’importe comment, d’accuser les gens innocents, d’accuser les gens simplement parce que l’on devenait carriériste, ou encore de ne rien dire du tout, et dans ce cas même on cautionnait, on adhérait au supplice de l’autre. » (P. 33) Dans cet engrenage, « une machine était mise en route ; une machine à éliminer. L’objet à éliminer, à broyer, sembla mal adapté à la machine » (P. 36) et on pourra arriver même à se poser la question : « comment en arrive-t-on à forger des choses aussi mensongères, aussi vaines sur le compte d’autrui ? Et s’il s’agissait de quelqu’un dont la vie ne dépendait que de son salaire en entreprise ? » (P. 39)

D’une manière générale, il est tout à fait clair qu’« il ne demandait pas l’aumône. Il voulait simplement travailler. Le monde du travail, le monde du capital, manquerait-il de charité à ce point ? » (P. 40) Effectivement, « l’entreprise manque de charité. Le capital manque de charité (…) L’entreprise est le siège du capital ; le capital est le siège de l’entreprise. Prends ces mots dans l’ordre que tu veux. L’un appelle l’autre. On amasse l’argent, on ne fait pas la charité, c’est de la vente dans sa pure essence (…) Je ne te parle pas de charité dans sa pure essence de la notion… au sens de chose donnée… La charité est l’autre sens de l’amour humain, le sens charitable qui permet d’aller vers l’autre pour le comprendre, comprendre ce qui l’anime… » (P. 41). Face à cette situation, Michel s’est investi comme d’une mission : « je me battrai désormais pour aider les gens dans le monde du travail ; y faire entrer un peu de charité : de chaleur, de compréhension, de cohésion, du sens pour une vision globale qui réduirait la violence. » (P. 42-43)

Le mal est assez profond et toute la société est gangrenée : « tous vendus au capital. Tous, des chiens de Pavlov. Et tous, on court ; on court après quoi ? On ne sait même pas toujours ! Tous pareils. » (P. 58) Nous nous retrouvons finalement dans une logique macabre de chaîne alimentaire au point où « les graines sont mangées par les vers. Les vers sont mangés par les poulets. Les poulets sont mangés par les hommes. Les hommes se mangent les uns les autres à mots couverts au travers de peccadilles. Quelle pitié ! Quelle bassesse ! Tout est bassesse ici-bas et nous sommes tous des misérables. » (P. 68)

Un droit de cuissage est même érigé en gouvernance. Selon Karl OETKER, l’histoire mondiale montre qu’il n’existe aucun moyen pour bâillonner l’instinct sexuel de l’homme. Au sein de l’entreprise Glory SA, l’autorité et le pouvoir font le lit au harcèlement sexuel : « Luc, beau garçon et conscient de cet état, charmeur et mégalomane, menait la vie dure à Charlotte, une commerciale. Il lui avait fait la cour. Charlotte s’y était opposée. Elle avait une grande confiance en elle-même. Un harcèlement sans fin s’enchaîna. » (P. 105) Edem KODJO avait vu juste quand il a écrit : « Quand la chèvre est poussée à bout, elle peut mordre (…) Quand on voit la souris courir vers le feu, ce qui la poursuit est plus chaud que la flamme. »[7] La pauvre Charlotte était allée jusqu’au bout de sa logique : « Démissionner ? C’est ce qu’elle fit, Charlotte. Aussitôt, le syndicat perçoit l’ampleur de la situation et prend le relais auprès de la haute direction. (…) Luc fut licencié de façon presque concomitante. » (P. 130) Cette image de vice sexuel se trouve illustrée au niveau de la couverture du roman où le frontispice reste et demeure assez significatif. En effet, il s’agit de la représentation d’une scène choquante de trafic d’influence au bureau entre probablement un chef hiérarchique marié et une employée apparemment dans une posture de proie.

 

En guise de conclusion :

La vacuité de la vie nous révèle parfois notre faiblesse et notre petitesse dans l’univers. Nous sommes si minuscules dans l’univers. A quoi servent donc nos orgueils, nos méchancetés, nos jalousies, nos vantardises ? On ne se concentre que sur le capital, nos richesses (passagères), les ambitions et la gloire personnelle et égoïste sans penser à la charité, la joie apportée à l’autre, le bonheur créé dans les cœurs, les instants de solidarité, de partage et de communion infusés. L’écriture d’Euphrasie CALMONT est sobre avec une argumentation claire et efficace, un mélange de réalisme et d’émotion. Elle nous démontre ainsi que « la première chose à apprendre pour un écrivain c’est l’art de transposer ce qu’il sent dans ce qu’il veut faire sentir. »[8] Créateur des personnages, du cadre spatio-temporel et des événements de la fiction narrative, l’auteure démontre que son identité charrie des limons de tous ses territoires. Elle adopte des choix narratifs et lexicaux qui témoignent de sa connaissance de ces milieux, d’une compétence pluriculturelle qui en porte les stigmates : « car le lieu fictionnel convoque non seulement la géographie du monde zéro (le monde à l’origine du repère), mais encore, par surcroît, son histoire et toute son encyclopédie, qui constituent l’arrière-plan de la fiction. »[9]  Ce que confirme Albert CAMUS : « Il n’y a pas de vraie création sans secrets. »[10]

 

Adama AYIKOUE

Gestionnaire du patrimoine culturel

Francophonie.togo.ayikoue@gmail.com

[1] CALMONT Euphrasie, Capital et charité, roman, Nantes, Editions Amalthée, 2016, 144 p.

[2] « Note de lecture » d’Isabelle POTEL à propos du roman Expiation de l’écrivain britannique Ian Mc EWAN parue dans le numéro 96 du magazine Madame d’Air France.

[3] SAINT GIRONS Benoît, Les clés du bien-être, Paris, Editions Jouvence, 2009, P. 10.

[4] CAMUS Albert, Olivier TODD, Albert CAMUS, une vie, biographie, Paris, Gallimard, 1996, p.184.

 

[5] REUTER Liliane, L’alchimie du chemin personnel, Paris, Editions Robert Laffont, 2003, P. 203.

[6] MILTON John, cité par SAINT GIRONS Benoît, Les clés du bien-être, Op. Cit. P.81.

[7] KODJO Edem, Au Commencement était le glaive, roman, Edition la Table Ronde, Paris, 2004, P. 80.

[8] CAMUS Albert, op. cit., P. 313.

[9] CAMUS Audrey & BOUVET Rachel, Topographies romanesques, Presses Universitaires de Rennes & Presses de l’Université du Québec, 2011, P. 34.

[10] CAMUS Albert, op. cit. P. 11.